Vous êtes l'université : A la rencontre du personnel du laboratoire Éthologie, Cognition et Développement !

Les métiers méconnus de l'université

Publié le 19 avril 2018 Mis à jour le 3 octobre 2018

Le Laboratoire d'Ethologie, Cognition, Développement est un laboratoire dédié à l'étude du comportement animal et à la communication chez les bébés et enfants. Afin de pouvoir mener des recherches toute l'année, le LECD élève et étudie des oiseaux en laboratoire et possède un "Baby Lab". Nous sommes allés à la rencontre du personnel de ce laboratoire hors du commun à l'Université Paris Nanterre !


Point Commun : Pouvez-vous vous présenter et nous expliquer votre fonction au sein de l'université ? Pouvez-vous nous parler de votre parcours ?

Gérard : Gérard Leboucher, professeur des Universités. Recruté dans l'établissement comme MCF en avril 1987. Actuellement Président du collège doctoral.
Par le passé, directeur du LECD durant 11 ans ; directeur de l'UFR SPSE durant 3 ans 1/2.
Parcours : Baccalauréat série D (Angers), Deug de Biologie (Univ. d'Angers, Belle-Beille), Licence de Biologie Animale , Maîtrise d'écologie, DEA d'écologie (le tout à l'Université de Rennes I), Thèse : Potentialités parentales et dimorphisme sexuel chez le rat: Etude expérimentale. Thèse troisième cycle, Rennes I (1984). HDR en 1993.

Dalila : Je suis professeur, donc enseignant chercheur, au LECD. Je consacre environ la moitié de mon temps de travail à l’enseignement et l’autre moitié à la recherche. J’enseigne différents domaines de la biologie à des étudiants en psychologie : TD de génétique et reproduction humaine, TP de psychobiologie, et cours magistraux portant sur les organisations sociales chez les animaux ou encore la cognition comparée.

Philippe : J'ai suivi une formation d'animalier de laboratoire au sein du collège agricole de Vendôme (durée 3 ans). J'ai débuté ma carrière en 1976 à l'Université Paris 5 puis à Paris 6 jusqu'en 2004 en tant qu'animalier avec des amphibiens. Je suis arrivé à l'Université Paris Nanterre en 2004 où j'ai intégré le laboratoire d'éthologie (anciennement LECC) en tant qu'animalier pour des oiseaux.


Pouvez-vous nous présenter le laboratoire, ce qui y est étudié/votre rôle au sein de celui-ci ?

Gérard : Le LECD est un laboratoire qui à l'origine était un laboratoire entièrement dédié à l'étude du comportement animal (éthologie), avec pendant longtemps un modèle unique : l'oiseau chanteur et un objet de recherche principal : la communication vocale. Afin de pouvoir mener des recherches toute l'année, tout en assurant notre charge d'enseignement, nous avons décidé d'élever et d'étudier des oiseaux en laboratoire (canaris).
Depuis nos activités se sont diversifiées (cf. les réponses que ne manquera pas de vous adresser Dalila Bovet) ; pour ma part je m'intéresse maintenant à la communication entre l'humain et les animaux de compagnie (chiens puis chats).
Le laboratoire est devenu le 1er janvier 2014 le « Laboratoire Ethologie, Cognition, Développement » LECD (en gardant la même référence : EA 3456) grâce au rapprochement de collègues en Psychologie du Développement.
Donc le LECD présente la particularité de comprendre à la fois des chercheurs en neurosciences (section 69 du CNU) et des chercheurs en psychologie (section CNU 16) qui, non seulement, cohabitent, mais également coopèrent.

Dalila : Le laboratoire Ethologie Cognition Développement regroupe des éthologues, travaillant principalement sur les oiseaux, et des psychologues du développement qui étudient des bébés et des enfants. Les deux principaux axes de recherche du laboratoire concernent la communication et l’apprentissage vocal d’une part, et les relations de l’individu avec son environnement d’autre part.
Au sein de ce laboratoire, j’ai étudié la cognition sociale de différentes espèces d’oiseaux (perroquets gris du Gabon, perruches ondulées, canaris, pigeons). Actuellement, je consacre plus précisément mes recherches aux comportements sociaux des perruches callopsittes. Certaines études, portant sur l’effet de la musique sur les comportements sociaux ou encore l’apprentissage social de l’utilisation d’outils sont menées de façon comparative à la fois chez des perruches et chez des jeunes enfants, en collaboration avec ma collègue psychologue Rana Esseily.

Philippe : Mon poste consiste à gérer le bon fonctionnement de l'animalerie, à savoir le nourrissage et soins quotidiens des animaux, les commandes à passer pour avoir tout ce qu'il faut en matériel et en nourriture pour leur bien-être ainsi que le nettoyage et l'entretien des locaux. Etant responsable de l'animalerie je gère une équipe comprenant deux autres animalières, Martin Emmanuelle et Bouillet Ophélie. Je m'occupe également du renouvellement des autorisations vétérinaires. Je suis le lien entre l'équipe de recherche et l'animalerie, de ce fait je gère toutes les demandes des chercheurs (mise en place de dispositifs expérimentaux, médication...). Notre équipe d'animaliers doit effectuer les permanences le week-end (samedi et dimanche) ainsi que tous les jours fériés.




Cela semble être une grande responsabilité de gérer un laboratoire qui travaille sur des êtres vivants. Quelles sont les dispositifs mis en place pour gérer les contraintes comme les fermetures administratives de l'université, les pannes d'électricité potentielles ? Quels sont les avantages et les inconvénients de travailler tous les jours auprès d'animaux ?

Gérard : J'ai survécu à 11 années de direction de ce laboratoire avec des dotations financières variables.
Bien sûr, nous avons la responsabilités d'êtres vivants et sensibles. Les animaliers sont présents 6 jours / 7, périodes de fermeture comprises. Il faut anticiper les achats de nourriture pour ne pas se retrouver, par exemple en fin d'année au moment du bouclages des comptes financiers, en rupture de stock...

Dalila : C’est en effet à cause de ces contraintes que le laboratoire a été installé dans le même bâtiment que la DRI, puisque les systèmes informatiques comme les oiseaux nécessitent des aménagements particuliers. Notre bâtiment n’est ainsi jamais complètement fermé. Travailler tous les jours auprès d’animaux apporte bien sûr le plaisir de pouvoir les observer et interagir avec eux : c’est pour ce plaisir que j’ai choisi ce métier. Mais cela implique aussi comme vous le dites certaines responsabilités : même si ce sont essentiellement les animaliers qui prennent soin des oiseaux, les chercheurs et les doctorants s’impliquent aussi lorsque des oiseaux sont malades ou pour réaliser des rondes le dimanche.

Philippe : Les avantages à travailler auprès d'animaux sont que les tâches à effectuer sont extrêmement diversifiées et qu'il est gratifiant d'assister à l'évolution d'un oiseau lors de la reproduction. En revanche, travailler avec des animaux comporte des inconvénients tels que leurs soucis de santé (gérés par un vétérinaire référent mais non présent au quotidien, ce qui implique de gérer les maladies comme les décès), les permanences à effectuer et les répercussions des soucis matériels du bâtiment au sein de l'animalerie sur le bien-être des oiseaux et des animaliers (trop grande variation de température, bruit des travaux, odeurs, ventilation...).



 



Quelle est la découverte ou l'objet de recherche le plus passionnant ou le plus surprenant que vous avez observé ou étudié au cours de votre carrière ? Souhaitez-vous nous raconter une anecdote particulière ?

Gérard : Je mesure ma chance d'exercer l'activité qui me faisait rêver (certes naïvement) dès l'âge de 15 ou 16 ans.
Ce qui est passionnant, c'est qu'après plus de 30 ans de "métier", je suis toujours étonné par le comportement des animaux... tout sauf blasé.
Je trouve que les animaux sont beaucoup plus complexes que lorsque j'ai commencé à m'intéresser à eux (c'est évidemment une boutade mais c'est ce qui décrit le mieux l'évolution de mon appréhension des animaux non humains).
Première surprise, durant ma thèse : j'étudiais l'influence de la sexualisation précoce sur l'expression des comportements de soins aux jeunes et j'ai découvert que dans certaines conditions, il était plus facile de déclencher des réponses parentales chez les mâles que chez les femelles... ça remet tout de suite les choses en perspective !!!

Dalila : Je pense que ce qui m’a le plus frappée au cours de ma carrière c’est de voir à quel point les individus d’une même espèce peuvent être différents les uns des autres, et aussi que c’est souvent hors des tests contrôlés et organisés qu'ils donnent la pleine mesure de leurs capacités. Par exemple, j’ai travaillé avec trois perroquets gris du Gabon. Nous avons tenté de leur apprendre à nommer des objets, en les entraînant de façon intensive, mais avec des résultats plutôt maigres. Les perroquets ont pourtant appris tout naturellement, les mots utilisés dans les relations sociales, et les utilisaient à bon escient sans avoir jamais été récompensés pour cela, me disant « bonjour » en me voyant arriver ou « au revoir » quand je partais ou simplement quand, me voyant prendre mon sac ou mettre mon manteau, ils en déduisaient que j’allais partir. Ils ont aussi repris certains mots de notre langage pour les utiliser entre eux : ils se toilettaient mutuellement tout en se demandant l’un à l’autre « ça va ? » ; ou encore lorsqu’ils se disputaient, l’un disait à l’autre, en baissant la tête en signe d’apaisement : « coucou ».

Nous avons aussi testé nos trois perroquets avec un dispositif comprenant un plateau chargé de nourriture, situé hors d’atteinte des perroquets ; le plateau n’avançait que si deux oiseaux tiraient en même temps sur les deux extrémités d’une ficelle. Les perroquets ont appris à coopérer et à attendre qu’un autre congénère soit disponible avant de tirer avec lui sur la ficelle. Nous avons ensuite donné le choix à nos perroquets entre deux dispositifs : un dispositif dit « duo », qui nécessitait deux perroquets pour obtenir la nourriture, et un dispositif dit « solo » qui pouvait être manœuvré par un seul perroquet. Nous avions cependant placé quatre fois moins de nourriture dans le dispositif « solo » que dans le dispositif « duo ». Nous avons alors constaté l’importance des relations sociales et du caractère de chacun : un des oiseaux, Shango, préférait travailler seul, quitte à avoir moins de nourriture, montrant ainsi une stratégie plutôt individualiste. La femelle, Zoé choisissait le dispositif « duo » si le troisième perroquet, Léo, avec lequel elle s’entendait bien, était disponible; mais si le seul partenaire potentiel présent était Shango, qui était souvent agressif avec elle, elle choisissait le dispositif « solo », afin de ne pas avoir à coopérer avec Shango. Seul Léo choisissait toujours le dispositif « duo », coopérant indifféremment avec Zoé ou avec Shango, et obtenant ainsi le maximum de nourriture. Nos perroquets étaient donc loin de répondre de façon automatique à un entraînement, ils étaient tous capables de coopérer quand c’était nécessaire, mais dès lors que nous leur offrions un choix, ils s’en saisissaient de façon personnelle, différente selon les individus.

Actuellement nous nous intéressons, avec ma doctorante Mathilde Le Covec, à la perception et à la production de musique chez les perruches callopsittes ; nous avons ainsi constaté que l’écoute de musique favorisait les interactions sociales positives chez ces oiseaux. Nous avons aussi mis à la disposition de nos oiseaux de petits instruments de musique et nous avons observé que sur les treize oiseaux testés, l’un des mâles prenait de façon répétée et délibérée un grelot pour le laisser tomber sur le xylophone : un usage d’outil auquel nous n’avions pas pensé !

Je pense que ces différences individuelles ont trop souvent été négligées lors des recherches en éthologie. L’on s’intéresse maintenant de plus en plus à la personnalité chez les animaux, et l’on trouve des personnalités différentes non seulement chez des oiseaux et des mammifères, mais aussi chez des insectes…



Quel conseil donneriez-vous aux personnes intéressées pour rejoindre le LECD ou pour découvrir ses recherches ?

Gérard : Beaucoup de motivation et de la résistance dans la durée...

Dalila : Je leur conseillerais de réaliser un stage au labo, c’est le meilleur moyen pour observer les recherches en train de se faire. (NDLR : Faire une demande de stage)



Pour en savoir plus, rendez-vous sur le site du LECD !

 

Mis à jour le 03 octobre 2018